Exposition / Entre deux-plis

Projet d'exposition présenté dans le cadre de la 6e Biennale de dessin du Musée des beaux-arts de

Mont-St-Hilaire (2017) ainsi qu'au Centre national d'exposition de Jonquière (2018).

Vue de l'exposition

Étude sur le drapé, 2018

Techniques mixtes sur divers papiers, Installation, Dimension variable

Série Les drapés d'autrefois, 2018

Graphite sur papiers, Dimension variable

Que doit cacher l’art de manière à dévoiler ce qu’il dévoile? Dans l’histoire de l’art, les artistes ont souvent été contraints, sous l’influence des moeurs et des pressions sociales en cours, à montrer certaines choses ou certains sujets plutôt que d’autres, qu’il fallait tenir loin des yeux du public.

 

Les dessins de type conceptuel de Sébastien Gaudette s’adressent à l’histoire de l’art et interrogent l’arrière-scène de la peinture et de la sculpture. Certaines oeuvres originales des périodes néo-classique et romantique sont, chez Gaudette, retravaillées de l’intérieur et trafiquées: le dessinateur les reproduit au graphite en y soustrayant des éléments et c’est à partir de ce principe d’effacement que se révèlent de nouvelles formes, invitant à repenser ce que l’art expose en fonction des époques et ce que les institutions reconnaissent comme contemporain aux dépends d’autres oeuvres, laissées en marge.

 

Le voilage provoque nécessairement une interrogation quant à ce que l’on cache. En simplifiant des peintures existantes et en rendant celles-ci monochromes, les dessins de Gaudette dissimulent des éléments, de manière à perturber l’intention derrière l’oeuvres originale en lui faisant dire autre chose.

 

Ses interventions postmodernes sont en réalité des interventions sur l’histoire de la peinture et, plus conceptuellement, sur la matière du temps. Les siècles qui séparent la création des originaux des oeuvres trafiquées par Gaudette sont rendus sensibles par ce processus d’effacement.

 

La perspective ouverte par ses dessins est bien celle d’une temporalité historique remise en question: et si, en perdant contact avec l’histoire et la tradition, on se retrouvait devant le blanc infini du canevas, confrontés à la disparition du lien de continuité assuré par l’héritage et de la transmission de la mémoire?

 

Les nouvelles formes révélées par le travail de Sébastien Gaudette relativisent une certaine propension de l’art des 50 dernières années à l’absolue nouveauté. À la place, elles proposent de fragiles limites, posées quelque part entre loyauté et émancipation, tradition et talent individuel.

 

Texte par Stéphanie Chalut